Son uvre
Elle
est considérable. Il a passé sa vie à peindre.
Il a commencé très tôt et a dès ses débuts
manifesté des qualités qui furent remarquées. Il
eut le premier prix de dessin à l'école de Saujon et ce
qu'il dessinait alors fut exposé dans la salle du restaurant
que tenait sa famille. C'est là que ses premières uvres
furent appréciées par l'Abbé Coutureaud de Royan,
qui s'intéressa à ce jeune talent et fut à l'origine
de sa carrière comme nous l'avons vu dans le récit de
sa vie. Dès lors, il s'est adonné à son art avec
passion jusqu'à sa mort. Il a écrit lui-même "
Peindre, c'est ma joie de vivre ". A plus de 90 ans, dans les derniers
mois de sa vie, il continuait à peindre, à faire des esquisses,
des dessins, des études de tableaux, des projets de compositions
tant à Lauzières que dans son atelier de Paris, comme
s'il avait encore de nombreuses années devant lui pour conduire
à terme tout ce qu'il envisageait. Sa famille qui dispose de
ses archives et de nombreux documents qu'il a laissés, et qui
est restée en contact avec grand nombre de ses amis dont beaucoup
sont au courant du travail qu'il effectuait, estime entre 4 000 et 5
000 le nombre de ses oeuvres. Elles sont d'une étonnante variété
; il s'intéressait à l'art pictural en général
et ainsi à ses diverses modalités d'expression. Son uvre
comporte un très grand nombre d'esquisses, de croquis
, de dessins, d'études,
conservés dans ses archives personnelles qui révèlent
combien le travail définitif était l'objet de recherches
et d'efforts sérieusement poursuivis pour que sa composition,
sa forme, son dessin, sa couleur réalisent au mieux le projet
envisagé.
Il a peint une majorité de peintures à l'huile, ainsi
qu'en quantité également importante des peintures sur
bois, des aquarelles, des eaux-fortes, des fresques, sans parler des
dessins, croquis, études, esquisses que nous avons signalés
ci-dessus. Il s'est même adonné à la sculpture,
s'y révélant d'un talent certain.
Les thèmes qu'il a abordés sont eux-mêmes très
nombreux. Le principal est manifestement le paysage.
Balande est un des grands peintres de paysages de sa génération.
C'est d'ailleurs ce département dont la direction lui fut confiée
à l'école américaine des Beaux-Arts de Fontainebleau,
fonction qu'il a particulièrement appréciée et
qu'il a remplie avec compétence et intérêt pendant
13 ans, jusqu'à la déclaration de la guerre 1939-1945.
Aux nombreux
sites des environs de Lauzières et de la Saintonge qu'il a peints,
il y a lieu d'ajouter ceux de nombreuses autres régions, non
seulement de France mais encore de l'étranger.
A l'époque où il avait un atelier à Etaples, il
a effectué de nombreuses toiles en Bretagne, dont notamment "
Retour de pêche à Etaples " qui fut très remarquée
au Salon des Artistes français de 1912. Thibault, critique d'art
du journal Le Temps dit qu'il s'agit d'un tableau dont " l'exécution
est aussi ferme que la conception en est intelligente " et dans
lequel " l'artiste a rendu à merveille l'effet de cette
lumière si riche de gris foncés, de gris clairs et de
notes noires ". Cette toile qui fait partie de la collection de
Saujon peut être vue dans la Salle du Conseil Municipal de cette
ville.
Il a peint
également de nombreux paysages du Poitou, de Normandie, du Quercy
dont le célèbre carton de tapisserie de 1924 exécuté
sur commande de la Manufacture des Gobelins, dans le cadre d'une série
de tapisseries consacrées aux provinces françaises. Elle
fut exposée au Salon de Bruxelles de 1925. Le catalogue rédigé
par Gustave Kahn en fait longuement état, la considérant
comme une des uvres maîtresses présentées
au public. L'artiste y a peint, dit-il, autour du pont Valentré
à Cahors, les sites les plus caractéristiques du Quercy
: les routes, les rivières
, les eaux mates aux reflets
verdâtres qui s'opposent à la coulée bleue du Lot,
l'ensemble entouré de hautes collines cimées de châteaux,
de lieux de pèlerinage, de grands arbres avec au centre des personnages
qui animent la toile (visible aujourd'hui à la Mairie de Saujon).
Ses
paysages d'Île de France sont remarquables aussi et beaucoup ont
été exécutés dans la région de Mantes,
où il avait installé un atelier à Senneville ;
il était d'ailleurs sociétaire des " Artistes Mantais
". Ce sont principalement des vues de collines aux ondulations
douces, parsemées de grands arbres au feuillage clairsemé
au pied desquelles circule la Seine ou l'un de ses affluents, l'ensemble
offrant au regard une agréable harmonie de formes et de couleurs
qui mêle les verts des collines et des arbres, les bleus de la
rivière et du ciel et qu'anime la présence de personnages
harmonieusement groupés, dessinés et peints, en scènes
champêtres où passe une vie de détente et de fête.
Ainsi " un déjeuner sur l'herbe ", " Un beau jour
d'été ", qui fut longtemps exposé au musée
de peinture moderne du Petit Luxembourg, " Baigneuses " à
l'Hôtel de Ville de Saujon.
Balande n'a pas limité sa peinture de paysages aux paysages de
France. Il a beaucoup voyagé et a rapporté de ses voyages
des représentations de sites auxquels il avait été
le plus sensible. La plupart de ses voyages l'ont amené autour
du bassin méditerranéen. Son uvre comporte ainsi
de nombreux paysages d'Espagne
,
d'Afrique du nord
, et plus spécialement
du Maroc (à l'hôtel de ville de Saujon, y sont exposés
plusieurs exemplaires), de Grèce dont il a peint de nombreux
paysages agrémentés de ruines de monuments antiques, d'Italie.
Les critiques
d'art louent dans ces paysages, qu'ils soient de France ou de l'étranger,
l'harmonie, la couleur, la souplesse voulant dire par là, la
capacité à saisir de chacun, par une excellente faculté
d'observation, ce qui en fait la caractéristique et à
la reproduire avec authenticité, simplicité et naturel.
Ils louent également la beauté de ses ciels que chevauchent
des masses de nuages aux teintes irisées, tantôt ensoleillés,
tantôt gris sous la lumière douce du jour aux ombres légères,
tantôt au contraire des " ciels de plomb avec toutes les
nuances de gris d'un grand coloriste ".
Dans ses
paysages, Balande a privilégié certains thèmes,
dont notamment ceux qui opposent avec une intensité bien exprimée
la terre et l'eau. Il fut ainsi un grand peintre des rivières,
des ponts, des ports, de l'Océan.
Nous avons
déjà signalé la place qu'occupe le bleu des rivières
et des fleuves dans ses paysages d'Ile de France ; elle se retrouve
dans un grand nombre de ses toiles qui représentent des vues
d'autres régions. C'est ainsi que nombreuses sont les uvres
dans lesquelles il a peint une grande quantité de fleuves et
rivières de France telles, notamment, la
Charente,
la Seudre, la Gironde, la Creuse, le Lot, et beaucoup d'autres plus
modestes et moins connus.
C'est également
parce que l'eau est un des éléments majeurs de son uvre
qu'il fut un grand peintre des ponts qui, dans ses toiles se présentent
comme un balcon de pierre grise, immobile et stable sous lequel passe
l'eau mouvante dont les reflets bleus nuancés en raison de la
diversité de leur éclairage donnent à ces toiles
une lumière vivante, vraie et plaisante au regard.
Grand peintre des ports, Balande l'est également. Il a peint
en grande quantité et en toute simplicité naturelle, les
petits ports charentais, soit criques modestes dans une anfractuosité
du rivage, soit aménagements portuaires le long des fleuves côtiers,
le plus souvent à proximité de leur embouchure. Dans un
cadre harmonieux, comme il en a la maîtrise, il y reproduit avec
aisance et symphonie, " l'encombrement des barques, la complexité
des mâtures qui se côtoient ", donnant souvent l'aspect
d'un enchevêtrement sans toutefois retirer à chacune, l'espace
nécessaire pour qu'elle soit bien différenciée
et demeure elle-même par rapport aux autres. Le dessin des voiles
qui les surplombent est lui-même nettement dégagé
et reproduit avec la souplesse qui convient pour que leurs ondulations
sous l'effet du vent s'harmonisent heureusement avec l'ensemble de l'uvre.
Parfois ce sont des ports plus importants dont celui de La
Rochelle
.
qu'il a peint souvent. Alors à côté de cet aspect
essentiellement maritime et naval, s'y ajoute la magnificence du cadre
architectural qu'entoure l'ensemble des quais que Balande reproduit,
comme toujours dans une plastique à la fois précise et
vraie.
C'est principalement
autour de Lauzières que Balande a peint l'Océan, soit
quand il est calme et inondé de lumière, soit au contraire
quand il est agité
et sombre
,
sachant avec art, traduire aussi bien sa sérénité
que sa violence. Parmi ces paysages océaniques, il faut faire
mention de ses représentations de plages et plus spécialement
de celles de l'Ile de Ré, proches de Lauzières qu'il a
fréquemment peintes, avec les dunes de sable qui les entourent,
et la foule des baigneurs et des touristes qui les envahissent, le tout
animé, joyeux, richement coloré. De cet ensemble découle
une ambiance de fête et de gaieté qui transcrit admirablement
l'atmosphère joyeuse caractéristique de ces plages océaniques
pendant la période estivale.
Fréquemment, comme nous l'avons déjà signalé,
Balande introduit dans ses paysages, des personnages qui leur procurent
un supplément de vie et d'agrément. Lorsque cette représentation
humaine qui n'est alors qu'un élément accessoire devient
le facteur essentiel, nous avons à faire non plus à un
paysage animé, mais à des représentations de scènes
vivantes. C'est ainsi que son uvre est riche en scènes
de rue, de fête, de foules et en représentation de cérémonies
variées.
Entrent dans ce groupe les scènes
de guerre
de guerrequ'il a peintes lors de sa mission aux armées de 1917.
Celle-ci l'a conduit à Nieuport et à Verdun où
il a peint des tableaux dont les uns représentent les ruines
engendrées par la guerre, ruines de châteaux, d'églises,
de villages détruits au milieu d'une nature désolée,
et les autres, des groupes de soldats soit dans les tranchées,
soit en déplacement, transportant des blessés ou des morts,
ou se rendant simplement en rang d'un point à un autre au milieu
d'une nature, là encore, triste, dénudée et blessée.
La
collection de Saujon
collection de Saujon en contient plusieurs qui sont particulièrement
représentatifs de l'un et l'autre de ces modèles. Parmi
ces scènes de guerre, il faut signaler les croquis et les dessins
qu'il a faits, en dehors de cette mission, alors qu'il était
infirmier bénévole à l'hôpital militaire
de Saujon, croquis et dessins qui représentent des soldats blessés,
invalides, transportés en brancards ou en voiture roulante et
même des têtes de soldats morts, autant de scènes
prises sur le vif et fruit d'une remarquable qualité d'observation
et d'expression. Dans toutes ces uvres, qu'il s'agisse de tableaux
représentant les dévastations engendrées par la
guerre ou les scènes de soldats, soit en action, soit blessés
ou même morts, se retrouve ce qu'a signalé Léonce
Bénédicte : " L'âme morale des choses ",
éloge particulièrement flatteur en ce qu'il signifie que
Balande a su traduire dans ces uvres l'essentiel, c'est-à-dire
cet élément difficilement saisissable, point commun de
toutes ces situations où s'inscrit ce qui assure à la
guerre sa propre spécificité et donne à chacune
de ces scènes sa dimension d'universel.
Balande a peint avec une comparable maîtrise de nombreuses autres
scènes, scènes de foule notamment, qui traduisent des
situations d'évènements diverses : scènes de rues,
défilés militaires, enterrements, processions
,
scènes de plage que nous avons évoquées plus haut.
Dans tous ces tableaux se trouvent représentés avec un
art maîtrisé, la vie, la joie, l'animation, le plaisir,
l'enthousiasme exprimés avec un mélange de personnages
nombreux et variés, placés sur des plans différents
de telle sorte que les uns sont perdus dans la foule, sans représentation
personnelle, tandis que d'autres situés au premier plan sont
l'objet de représentations précises et étudiées
avec un visage expressif, valablement picturé et des attitudes
et des gestes en relation avec leur figuration et leur situation dans
la cérémonie à laquelle ils participent. Ainsi
dans le tableau qui commémore " La visite du Général
de Gaulle en 1945 à La Rochelle ", le portrait du Général,
debout sur une estrade d'où il harangue la foule groupée
autour de lui, est tout à fait reconnaissable par ses traits
et sa pose qui représentent avec une étonnante exactitude
une de ses attitudes habituelles. (Ce tableau est exposé à
l'hôtel de ville de Saujon dans la salle du Conseil Municipal).
Dans un genre
différent qui offre le spectacle d'une fête joyeuse en
présence d'une foule nombreuse, mouvante et bigarrée,
est le " Pierrot de La Rochelle " (toile également
visible à l'hôtel de ville de Saujon). Le Pierrot, clown
avec son costume aux vives couleurs et son long chapeau blanc et pointu,
principal personnage du tableau, mime sur une estrade que toute la foule,
colorée, animée et joyeuse entoure et contemple avec un
plaisir manifeste, des scènes comiques.
Dans un autre
style, plus triste et plus grave, est " L'enterrement à
la campagne " (également visible à l'hôtel
de ville de Saujon, salle du Conseil Municipal) où l'artiste
a peint, avec une remarquable qualité d'observation et une exactitude
d'expression, devant une église qui occupe le fond de la toile,
le catafalque au côté duquel sont le curé et les
enfants de chur, qu'entourent la famille et les amis dont chaque
personnage est peint avec l'expression et l'attitude qui correspondent
à leur situation personnelle par rapport à la cérémonie
et la place qu'ils y occupent. Ce tableau, bien que différent
par son style pictural et sa spécificité personnelle fait
penser, néanmoins au célèbre " Enterrement
à Ornans " de Gustave Courbet, bien qu'il soit traité
dans une perspective plus respectueuse de la participation des personnages
à la gravité de la cérémonie.
Balande fut aussi un peintre de natures mortes. Dans ce genre, il s'est
surtout intéressé aux fleurs. Il les a peintes soit dans
des vases posés sur une table, soit au milieu d'un jardin
en parterres particulièrement riches, variées et colorés.
Ces derniers tableaux se situent en fait à mi-chemin du paysage
et de la nature morte car si le sujet, les fleurs, est bien celui d'une
nature morte, le parterre dans un jardin est plutôt celui d'une
floraison naturelle et vivante et la représentation d'un paysage
de jardin limité à sa partie fleurie. Il aime les fleurs
d'où cette abondance et cette variété de tableaux
qui en représentent, tous richement colorés et pourvus
d'espèces innombrables et différentes avec ces parterres
si particuliers qui sont, en fait, de superbes et vastes bouquets vivants.
Il avait d'ailleurs aménagé à
Lauzieres
et à Senneville,
des jardins étonnamment fleuris qui lui servaient de modèles
pour les tableaux de ce genre.
Il a fait également des portraits dont la plupart sont particulièrement
heureux. Il y a dans la collection de Saujon, un très bel autoportrait
peint en 1913 alors qu'il avait 33 ans. Il s'est peint en costume de
chasse, un fusil posé sur son avant-bras droit. Dans ce portrait,
il a mis en évidence avec talent, sa taille mince, son corps
bien planté, droit, ferme, prêt à l'action ; son
visage fin et fier avec un regard vif, volontaire et conquérant,
tendu vers l'extérieur, ouvert à l'aventure qu'il ne craint
pas, car il est suffisamment sûr de soi pour en dominer les aléas,
l'ensemble donnant l'impression d'une nature énergique et décidée.
Il a peint " Goulebenèze ", visible au Musée
de Saintes, " Léonce Vieljeux ", Maire de La Rochelle,
mort peu après ce portrait au camp de Struthof en Alsace où
il avait été déporté par les Allemands,
" Un amiral de Grasse " qui a disparu avec le vaisseau, ses
amis de Saujon, " Les docteurs Stanislas et Robert Dubois ",
ainsi que de nombreux membres de sa famille, sa femme, son fils, sa
belle-sur, une de ses nièces, soit en portraits isolés,
soit en portraits éléments de scènes
de famille
, ayant alors l'art
d'associer à la qualité du portrait de chaque personnage,
l'atmosphère de chaleur et d'intimité que comporte la
vie familiale.
Portraits,
dans un autre style, que ces dessins de cathédrale dont il a
fait toute une série ; chacune offrant au regard son allure spécifique
exprimée à travers de nombreux détails très
harmonieusement assemblés, les uns par rapport aux autres de
telle sorte que malgré leur présence en grand nombre,
ils ne " chargent pas l'uvre au point d'en faire un inventaire
documenté mais désincarné et sans âme ".
Il faut enfin parler de ses fresques et de ses illustrations de livres
qui constituent un aspect très spécial mais néanmoins
très important de son oeuvre.
Nous avons
vu dans le récit de sa vie, qu'il a reçu à plusieurs
reprises des commandes de collectivités publiques et de l'état
pour décorer des monuments et des paquebots, hommage à
sa qualité d'artiste, car pour réaliser un ensemble aussi
conséquent qu'une fresque décorative, il faut nécessairement
une grande maîtrise de l'art de peindre et une grande faculté
de composition, deux qualités reconnues à Balande. Les
fresques qu'il a faites pour les paquebots " Normandie " et
" de Grasse " ont malheureusement disparu avec ces vaisseaux.
En revanche celles qu'il a réalisées pour la mairie d'Aubervilliers,
pour le Ministère de la Marine et pour les villes d'Aytré
et de La Rochelle sont toujours existantes.
Les deux
fresques qu'il a peintes pour orner la salle des Pas Perdus de l'hôtel
de ville Aubervilliers
,
que nous avons évoquées dans le chapitre précédent
consacré à sa vie sont, comme toutes celles qu'il a réalisées,
d'une très belle composition et comme c'est habituel dans ses
uvres, d'un dessin ferme et précis et d'un coloris lumineux
et varié, l'ensemble se situant notamment dans la fresque intitulée
" L'offrande " dans un décor champêtre où
la nature est luxuriante, faite d'une allée entourée de
grands arbres clairsemés sur des collines ondulées.
A l'école
Pierre Loti de La Rochelle, la très belle fresque de " L'allégorie
" de cette ville a été l'objet d'une intéressante
étude de Monsieur Pascal Even, directeur des Archives Départementales
de Charente Maritime à l'occasion des Journées du Patrimoine
de septembre 1998 au cours desquelles cette fresque a été
présentée au public. Dans son texte, Pascal Even rappelle
que Balande a toujours aimé les grandes compositions destinées
à l'ornement des bâtiments publics et que, dans cet esprit,
il a réalisé en 1955 à Aytré, une fresque
représentant " Les Ateliers et Entreprises industrielles
Charentaises ".
Celle de
l'école Pierre Loti est antérieure puisqu'elle date de
1940. Elle évoque l'histoire de la ville avec l'illustration
de ses personnages les plus célèbres, ainsi que celle
de ses monuments les plus connus et de ses principales activités.
Balande y ajoute l'expression de thèmes qui lui sont chers :
le travail, l'enseignement, la famille, qu'il mêle habilement
aux représentations précédentes qui demeurent malgré
tout, les éléments fondamentaux en raison du thème
de la fresque. Parmi les Rochelais illustres, Balande fait les portraits
du Maire Jean Guitton, de l'Amiral Duperré en Ministre de la
Marine Marchande de Louis-Philippe, du juriste-consulte José
Valin, d'Agrippa d'Aubigné, d'Eugène Fromentin. Il a situé
ces personnages autour de l'hôtel de la Chambre de Commerce. Au
centre de la fresque il a placé la République qui tenant
à la main un drapeau tricolore protège la ville ; autour
d'elle, il a peint les principaux monuments : la Grosse Horloge, les
clochers de Saint Sauveur et de Saint Barthélémy, la Cathédrale,
l'hôtel dit de Diane de Poitiers. A gauche de cet ensemble, un
groupe d'enfants studieux et attentifs apprend à lire ; et à
droite un homme élevant dans ses bras un nourrisson symbolise
la famille. A l'extrémité droite de la fresque sont représentées
les principales activités économiques : la pêche,
le commerce maritime, les quais du port chargés de marchandises,
les marins occupés à leur mâture, les portefaix,
et plus loin la campagne aunisienne avec ses champs, ses moulins, ses
salines.
Balande
a illustré plusieurs livres, notamment " La Maîtresse
Servante " de Jérôme et Jean Tharaud, " Occupation
" de Jean Miaux, " Ré, île accueillante "
dont il a lui-même écrit le texte.
Il
faut signaler que dans les années 1950, Balande a orienté
certains de ses tableaux vers des préoccupations en relation
avec celles de l'époque et notamment avec son développement
économique et industriel. C'est ainsi qu'il a peint des raffineries,
des ateliers sidérurgiques et comme nous venons de la signaler,
en 1955, une fresque à Aytré représentant "
Les Ateliers des Entreprises Charentaises ".
Ces uvres sont, au même titre que les autres uvres
de Balande, riches de vie, d'animation et de couleur. L'une des plus
caractéristiques du genre " La fusion de l'acier à
Knutange " faite en 1956 fait partie de la collection de Saujon
exposée à la mairie de cette ville où elle peut
être vue.
Tout cela ne constitue qu'un aperçu de son uvre, qui en
relate l'aspect majeur, sans entrer dans le détail des nombreuses
toiles consacrées à chacun des thèmes et des genres
que nous avons évoqués. Sa facture, comme c'est habituel
chez les grands artistes, n'a cessé d'évoluer tout le
long de sa carrière. Cette évolution qui a nécessairement
tenu compte de celle qui a marqué l'art de son temps n'a pas,
néanmoins comporté un renoncement à son génie
propre, Balande ayant su, malgré des orientations ou des apports
nouveaux, rester constamment lui-même sans soumettre son art au
formalisme ou au despotisme d'une école. Son uvre a été
l'objet de multiples analyses par les critiques d'art à l'occasion
des expositions auxquelles il a participé.
Tous sont
unanimes pour dire que son art est resté tout au long de sa vie
ferme, vigoureux, de grandeur plastique et qu'il a su éviter
les " excès colorés des impressionnistes et les extravagances
amorphes des cubistes ".
Durant les premières années et notamment jusqu'en 1913,
sa peinture a été dominée par les couleurs sombres,
les gris de nuances variées, le noir, le marron foncé
; il est alors sous l'influence de Courbet et de son maître Cormon.
C'est après son voyage en Italie où il a découvert
à Florence et à Venise la magie de la couleur qu'il a
éclairci sa palette. Il se rapproche alors de Cézanne
et est considéré " comme l'un des plus sonores peintres
français de son époque ". Son pinceau va droit au
fait : " tout est bien vivant et coloré ". Les critiques
louent la qualité de sa composition, la maîtrise de son
dessin, la richesse de son coloris. Il module avec un choix heureux
les transitions et les oppositions des rouges et des roses des toits,
les blancs des crépis, les verts des feuillages et des prairies,
les bleus des eaux et du ciel, les gris des pierres, non point en vue
d'un développement poétique mais pour exprimer une "
vérité d'observation " accompagnée d'une réminiscence
de la lumière qui colore différemment les proches et les
lointains. Sa peinture est soumission à la diversité de
la nature, " obéissance ingénieuse, savante et absolue
à l'âme et à la nuance du motif ".
Au salon
de 1913, les critiques font état, comme nous l'avons signalé
plus haut, de son orientation vers une palette plus colorée et
disent de sa peinture qu'elle est maintenant " joie, vie et lumière
". Les tons gris de ses premières années ont régressé
au profit des bleus et des jaunes. " Quelle vérité
sous un franc soleil et les belles coiffes de dentelles, les belles
robes de roses fleuries ! Tout cela vibre ! " est-il écrit
dans l'Univers du 14 mai 1914 à propos de " Noce boulonnaise
" exposée au salon. Et le Paris-journal du 18 janvier 1920
parlant de Balande écrit : " L'élève de Cormon
a tout à fait clarifié sa palette. Il entend peindre pour
le bonheur des yeux ". Cette évolution vers une peinture
plus colorée, plus lumineuse, plus vraie et plaisante au regard
ne cessera de se confirmer dans le temps. Dans son " hommage à
Balande " qu'il présente en 1978 à l'exposition du
Foyer culturel de Taillebourg, Roger Bonniot, historien d'art, auteur
d'un très bel ouvrage sur " Courbet en Saintonge "
a dit que " l'évolution de Balande était diamétralement
opposée à celle de Vlaminck puisque son classicisme, très
sobre accomplit une longue marche vers la couleur ", et il ajoute
qu'il a " passé les dernières années de sa
vie parmi les fleurs dans une sorte de jardin extraordinaire "
et que " sous son pinceau les illets et les tulipes fleurissaient
en toutes saisons ".
L'uvre
de Balande est donc restée personnelle, à l'écart
de toute école et indifférente aux modes. Il a, ainsi
échappé de son vivant à une gloire qui fut accordée,
bien souvent avec excès, aux tenants d'une forme qui répondait
au goût du jour. Ainsi pense, en évoquant cette situation,
dans les mois qui ont suivi sa mort, Claude Chaumet-Riffaud pour qui
il n'est pas exclu qu'à l'épreuve du temps, cet aspect
des choses évolue et que Balande trouve enfin dans la peinture
française du XXe siècle, la place que mérite "
la richesse et la qualité de son uvre ".